Bonjour,
J'ai eu le courage de prendre la fuite.
Après 10 ans d'emprise psychologique,
à coup de campagne de dénigrement à mon insu afin que l'entourage ne se lie de manière plus intime avec moi pendant qu'il me disait vouloir faire de moi son épouse.
Pendant 10 ans, je marchais sur des œufs, craignant ses sauts d'humeur, ses éclats de voix, ses colères et ses rages.
Je me pensais fautive autant que je croyais l'être depuis ma plus tendre enfance puisque j'avais appris que tout était toujours de ma faute.
J'ai grandi comme ça.
Avec le poids de la culpabilité de ma propre mère tombée enceinte à l'âge de 14 ans d'un homme de plus de 10 ans son aîné.
Un homme qu'elle a épousé afin de ne pas entacher l'honneur de la famille.
Un homme avec lequel elle a dû lutter afin de ne pas être, elle-même, une femme victime de violences conjugales.
Je suis devenue, très jeune, le souffre douleur, le bouc émissaire de mes géniteurs.
Les violences conjugales se transmettent de génération en génération dans ma lignée.
Ma grand mère maternelle est décédée à l'âge de 86 ans, quelques jours à peine après avoir été frappée pour la énième fois par mon grand père.
Moi aussi, j'aurais pu y laisser ma vie.
Si j'ai la vie sauve je ne peux pas affirmer que ma santé n'en n'a pas été impactée.
J'ai fait un infarctus quelques jours après une violente dispute.
À peine un mois après ma sortie de soins intensifs, il me poussait dans les escaliers lors d'une altercation.
Je suis tombée.
Je me suis relevée.
J'ai eu le tympan perforé suite à une gifle sur l'oreille.
Et puis, il y a eu cette fois de trop.
Cette soirée où j'avais clairement dis :
- "Non. Pas ce soir".
Cette soirée où je n'ai pas pu me défendre parce que je gardais des enfants qui dormaient dans la chambre à côté de la nôtre.
Il s'est servi de mon corps, comme on se sert d'un outil, d'un objet, d'une poubelle.
J'étais en état de sidération.
J'ai connue les abus sexuels depuis l'enfance.
Alors je me suis enfuie tout comme j'avais pris la fuite du foyer parental à peine âgée de 18 ans.
Je me suis enfuie en laissant tout derrière moi.
Je n'ai rien emporté de tout le mobilier que j'avais acheté pour sa maison pendant 10 ans.
On pourrait me féliciter, me dire "bravo pour votre courage" !
Je vous dirai que ces mots ont bien été prononcés, notamment par des psychologues de France Victime.
Mais à part ça,
On fait quoi avec ça ?
Quand on a tout perdu en biens matériels comme en liens sociaux et familiaux.
Vous pourriez me dire que la Justice se fera si j'ai porté plainte.
C'est pourtant là que le bas blesse car depuis ma fuite, j'ai déposé 4 plaintes qui sont à chaque fois successivement classées sans suite.
L'ex conjoint a eu connaissance de ma nouvelle adresse par l'envoi d'un courrier de ma banque.
Un courrier qui m'était adressé, envoyé à son adresse postale après que j'ai alerté par téléphone, par mail, la banque, de ma situation.
Il s'en vante sur les réseaux sociaux, j'apporte des captures d'écran pour justifier mes plaintes.
Depuis 4 ans et malgré les 500 kilomètres de distance que j'ai mis entre cet ex conjoint et moi, je subis régulièrement des dégradations sur mon véhicule, sur mon lieu d'habitation, des appels téléphoniques anonymes et du harcèlement sur les réseaux sociaux.
Je dépose plainte avec captures d'écran pour justifier mes propos.
L'ex conjoint est chauffeur routier, il est sur les routes de France en permanence, il connaît mon adresse, il est connu des services judiciaires pour des faits similaires de dégradations sur des véhicules.
Lors de ma fuite j'ai été reçu par un médecin légiste qui a décidé d'une ITT de 8 jours, et depuis toutes mes plaintes sont successivement classées sans suite.
Ni la Justice, ni la banque, ni même la CNIL n'endossent leur responsabilité dans l'infirmation des violences que j'ai subies et que je subies toujours, et même dans la divulgation de ma nouvelle adresse, me plaçant en insécurité totale depuis 4 ans !
Aujourd'hui, j'ai peut-être l'espoir de pouvoir à nouveau me projeter, de cesser de vivre en état d'extrême vigilance car un logement social vient de m'être attribué dans un département lointain.
Seulement, je suis isolée et toutes les portes auxquelles je frappe pour m'aider à déménager se ferment une à une.
Le CIDFF n'a pas de solutions pour moi ni même les services sociaux.
J'ai juste l'impression que l'on continue à stigmatiser les femmes victimes de violences conjugales plutôt que voir la force et la détermination de celles qui ont le courage de s'enfuir et de redémarrer leur vie à partir de rien !
L'aide que vous m'apporterez en contribuant à cette cagnotte va tout simplement me permettre de vivre la dernière étape de ma vie, la retraite, sans avoir peur de prendre des coups et surtout d'envisager une nouvelle carrière de coach pour des femmes qui ne veulent plus subir la violence de certains hommes qui sont restés des enfants blessés dans le déni de leurs traumatismes.
Parce que s'il y a une chose dont je suis quasiment certaine c'est que, seules les personnes inconscientes, dans l'ignorance de leurs blessures, blessent les autres.
Du fond du cœur, un immense merci, une gratitude infinie.